Transition numérique : ” L’avocat se renouvelle chaque jour et s’adapte à ses clients “

Emmeline Bocherel est avocate fiscaliste à Nantes. Très investie dans la transformation numérique de sa profession, elle nous explique son parcours et son regard sur son activité. 

 

Présentez-vous, quel est votre parcours professionnel ? 

Tout au long de mes études, j’ai pris le parti de multiplier les expériences variées auprès d’organismes institutionnels (Urssaf, Impôts), cabinets de conseils (conseil en propriété intellectuelle) ou d’avocats (immobilier, assurance, affaire, social). J’en ai vite déduit la diversité du droit, et sa complexité croissante, pour comprendre qu’il était important de se concentrer sur un domaine en particulier, si l’on voulait rendre le conseil le plus optimal. Et s’entourer de partenaires de confiance pour ce que l’on ne sait pas faire.

C’est donc tout naturellement qu’après avoir fait mes études en droit des affaires et fiscalité à Rennes, je suis partie exercer à Paris, formation d’abord d’un fonds d’investissement immobilier et d’un cabinet d’avocat international, auprès des services fiscaux, puis j’ai débuté en tant qu’avocate dans un cabinet de conseils spécialisé en droit fiscal des affaires. J’ai appris beaucoup, en matière de fiscalité immobilière, fiscalité internationale, fusions-acquisition, etc.

J’ai ensuite eu l’opportunité de poursuivre mes expériences à Nantes, auprès d’un avocat qui dédiait son activité au contentieux fiscal.
En parallèle, j’ai toujours été entourée d’entrepreneurs, que j’ai eu la chance d’accompagner à différents stades de leurs évolutions (création de leur entreprise avec le choix et la rédaction de leurs statuts et de la rédaction de leurs pactes d’associés, accompagnement dans leurs projets de levées de fonds, création de filiales et de holding, au départ sur le plan national puis sur le plan international, digitalisation de leurs activités pour se transformer en digital nomade, accompagnement dans leurs difficultés avec leurs fournisseurs, clients ou associés, ou vente de leur entreprise à concept florissant pour se consacrer à une vie de famille).

J’ai donc tout naturellement créé TAX SUITS YOU, il y a maintenant plus d’un an pour pouvoir tirer parti de mes expériences d’avocat-conseil en fiscalité immobilière, fiscalité internationale et fiscalité des affaires, d’avocat-partenaire privilégié d’entrepreneurs amis, et d’avocat en contentieux fiscal.

 

Comment est né Tax Suits You ?

Après mes 5 années à Paris, je cherchais plus de sens dans mes actes. Certaines des entreprises pour lesquelles j’avais été amenée à travailler ne correspondaient absolument pas à mes valeurs, et il est schizophrène de boycotter une entreprise dans ses achats personnels tout en la conseillant dans ses activités professionnelles…

J’ai décidé de quitter la France pour un voyage humanitaire à vélo. Pour (re)trouver du sens. Malheureusement, une mauvaise chute m’a ramenée tout droit sur la Presqu’île guérandaise, et bloquée pendant plusieurs mois. Plutôt que de broyer du noir, j’ai réussi à optimiser cette pause forcée, pour prendre du recul – après tout, du temps, j’en avais trop. A ce moment-là, je cherchais le moyen de faire balancer une profession qui me passionnait (si si, la fiscalité, cela peut être passionnant) avec mes valeurs fortes (écologie, soin de l’autre, aide humanitaire, primauté de la culture et des services les plus essentiels). Et donner du sens à ce que je faisais.

 

J’ai rencontré de nombreuses associations, des entrepreneurs locaux de toutes tailles, des personnalités politiques. Après avoir sondé les besoins de chacun, et découvert qu’il y avait un véritable fossé entre les informations légales et fiscales et les connaissances des associations et entrepreneurs sur ces sujets, qui souvent payent un prix trop lourd du fait d’une telle méconnaissance (redressement voire liquidation judiciaire suite à un contrôle fiscal ou à une mauvaise option fiscale), j’ai cherché comment remettre l’avocat dans la vie courante des entreprises et associations, et notamment dans celles qui en ont le plus besoin – les associations et les TPE et PME locales – pour pouvoir soutenir leurs actions locales et leur donner les clés pour vivre et produire mieux (sans nécessairement produire plus), et plus sereinement.

 

Comment avez-vous commencé votre activité d’avocate ?

J’ai d’abord commencé par reprendre une nouvelle collaboration au sein d’un cabinet en droit des affaires, auprès d’un avocat qui m’a formée au contentieux fiscal. J’avais beaucoup d’espoirs dans ce projet. Je pensais justement que me rapprocher des TPE et PME locales auraient pu me permettre de pouvoir aider ces entreprises à trouver le bon équilibre. Mais après 2 années, je n’arrivais toujours pas à m’y retrouver.

Et plutôt qu’attendre de trouver le cabinet qui répondrait à mes attentes, je me suis dit qu’il me paraissait plus opportun de le créer à l’image de ce que je souhaitais mettre en place.
C’est donc comme cela qu’est né TAX SUITS YOU.
Le souhait d’offrir à ceux qui ont souvent délégué le juridique ou le fiscal en second plan un vrai conseil et accompagnement juridique et fiscal. De redonner la place de l’avocat au sein de leurs entreprises, pour que chacune de leurs décisions opérationnelles soient prises sereinement, en pleine conscience de la législation. Que le droit et la fiscalité ne soient plus des freins, mais bien des boites à outils pour créer de nouvelles opportunités et assurer la pérennité de leurs entreprises et de leurs équipes.

 

L’important était pour moi aussi de maintenir un niveau de conseil quelle que soit la taille de l’organisme : associations et entreprises de l’ESS ont aussi le droit d’être conseillée par un avocat, à hauteur de leurs moyens. J’essaye d’accompagner au moins une association locale à vocation environnementale gratuitement par an (les avocats appellent cela le « pro bono ») et d’adapter mes tarifs. Aussi les start-up qui parfois, pour des raisons de coût notamment, se tournent vers des plateformes gratuites ou type LegalTech, donc sans le conseil qui est adapté à leur situation (et donc reviennent voir les avocats 2 à 3 ans après, pour faire face aux erreurs structurelles qui auraient pu être anticipées en amont alors qu’elles sont en pleine effusion et préfèreraient concentrer leur énergie au développement de leur projet pour répondre aux promesses de leurs investisseurs).

 

Je travaille aussi avec les TPE, ETI et PME qui auront des besoins différents selon les structures, et pour lesquelles une offre packagée et privilégiée pour anticiper leur trésorerie et répondre à leurs opérations courantes. Et enfin avec les particuliers, perdus dans leurs déclarations fiscales ou dans les quantités de données astronomiques lorsqu’ils souhaitent acheter un bien (déductibilité des travaux, crédit d’impôt transition écologique, etc.).

 

Quelles ont été les étapes de développement de votre entreprise ? 

 

Il faut savoir qu’un avocat est généralement à son compte dès qu’il prête serment. Il travaille en collaboration au sein de cabinets d’avocats, autrement dit, a une posture de freelance pour le cabinet d’avocats pour lequel il accepte de dédier le plus clair de son temps. Donc en soit, j’ai toujours été entrepreneure, ai toujours payé ma TVA, mes charges et mes cotisations sociales.
La création et l’ouverture de TAX SUITS YOU ont par contre été plus progressives. D’abord une réflexion sur ce que je voulais. Puisqu’il est important d’identifier ce que l’on souhaite faire, et pourquoi on veut le faire. Puisque créer une entreprise (oui, un cabinet d’avocat, cela reste une entreprise), c’est aussi faire de nombreux sacrifices (des choix ?).

Je me suis donc implantée au cœur de la cité administrative de Nantes, et de la Gare de Nantes, sur l’île Beaulieu, à un endroit accessible à tous (les citadins et les entreprises qui ne sont pas localisées en centre-ville), quels que soient les moyens de transport utilisés.
J’ai en parallèle pu acheter une maison à la campagne, dans le vignoble ancenien. Et en découvrant une belle culture entrepreneuriale, j’ai décidé d’y implanter un cabinet secondaire, puisque, comme j’ai pu le dire auparavant, il est important pour moi d’apporter du conseil et de l’accompagnement au local, et donc de soutenir les entreprises auprès de mon lieu de vie.

Je devais ouvrir le cabinet secondaire au 1er avril, sous réserve de la finalisation des travaux et de l’agrément de mes locaux par l’Ordre des avocats de Nantes, mais le confinement a mis mes derniers projets en pause. Je réfléchissais également à embaucher pour être toujours plus réactif pour mes clients, même si mes projets sont pour le moment suspendus.
Je me forme enfin à la médiation pour devenir médiatrice assermentée (Première année déjà en poche, je devais commencer la seconde année de formation en mars, mais elle a également été repoussée).

Et puis, je reste une jeune entreprise, donc encore de nombreuses étapes à venir !

 

Quel est votre domaine d’intervention aujourd’hui ?

J’interviens au soutien des entreprises pour leurs problématiques fiscales des affaires (choix des statuts, constitution de sociétés, gestion fiscale et juridique courante de l’entreprise, rédaction des pactes d’associés, contrat de sociétés en participation ou de partenariats, développement des entreprises, en France et à l’international, préparation des équipes aux contrôles fiscaux et gestion du contentieux fiscal, etc.).

J’accompagne également le chef d’entreprises dans ses questions patrimoniales (cession ou donation de l’entreprise et rédaction de Pacte Dutreil, déménagement en dehors de la France et les conséquences pour son entreprise, acquisition de l’immobilier de l’entreprise, etc.).
J’accompagne également les particuliers et marchands de biens pour leurs opérations immobilières, pour les conseiller dans la gestion patrimoniale de leurs biens ou pour les accompagner dans la réalisation de leurs déclarations fiscales.

Enfin, j’accompagne les associations pour les questions fiscales qu’elles peuvent être amenées à avoir (constitution de l’association, rescrit fiscal, réclamation précontentieuse en cas d’erreur dans le traitement fiscal de leurs opérations, contentieux fiscal).
Et quand la casquette d’avocate n’est pas suffisante, je forme également les entreprises sur des questions ponctuelles (former les entreprises à une perquisition fiscale, gérer sereinement un contrôle fiscal, comment gérer comptablement et juridique une société en participation, etc.).

 

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, beaucoup d’avocats ne gagnent pas bien leur vie, est-ce un tabou dans la profession ? Comment se sortir de cette impasse quand on débute dans le métier ?

Ce n’est pas un tabou. Il y a une grande diversité de confrères. Certains confrères travaillent presqu’exclusivement grâce à l’aide juridictionnelle ou les commissions d’office, et en cas de blocage (grève, pandémie, etc.), peuvent vite se retrouver en grandes difficultés.
Le statut d’avocat collaborateur non-salarié est également extrêmement précaire, puisque l’avocat, travaillant presqu’exclusivement pour le cabinet, plus de 40 heures par semaine, sans la sécurité de l’emploi, pourra se voir verser une rétrocession très faible, par rapport au travail fourni, entre 1 500 et 2 500 € / mois, mais brut, avec toutes les charges à acquitter par derrière.
Il y a également une très grande disparité de revenus entre Paris et la province, parfois du simple au triple, même si de nombreux confrères parisiens sont également en grande difficulté, et entre l’avocat qui conseille les particuliers et celui qui accompagne les entreprises, et enfin entre l’avocat conseil et l’avocat en contentieux. Et l’avocat ne peut cumuler sa profession avec un autre job.

 

” Le vrai tabou, c’est plutôt le mythe de l’avocat gagnait 20 000 € net / mois. Des récents sondages et rapports sont apparus, notamment au moment de la réforme des retraites, pour casser cet a priori.”

 

Mais les avocats sont solidaires, et de nombreuses actions sont mises en place pour soutenir ces confrères. Les rétrocessions minimales sont imposées pour les confrères collaborateurs. Des cellules sont mises en place pour soutenir les confrères les plus fragiles. Les barreaux s’organisent régionalement comme ils le souhaitent, permettant ainsi d’adapter les cotisations aux besoins de l’ordre et aux ressources des avocats qui y sont inscrits. Des cellules sont ouvertes en cas de grève ou de pandémie, et des confrères donnent anonymement des sommes au profit des confrères les plus fragiles. Même notre système de retraite est juste, puisqu’il permettra à un avocat ayant pourtant perçu de faibles revenus tout au long de sa carrière, pour percevoir une retraite décente (enfin, si le régime perdure).

Le vrai tabou, c’est plutôt le mythe de l’avocat gagnait 20 000 € net / mois. Des récents sondages et rapports sont apparus, notamment au moment de la réforme des retraites, pour casser cet a priori. Et l’on comprend que l’avocat ne gagne pas autant que ce que l’on croit. Les avocats avaient du mal auparavant à avouer leurs difficultés financières. Mais aujourd’hui, les difficultés auxquelles la profession fait face force nombres d’entre eux à fermer la porte de leur cabinet. Clairement, le ratio rémunération mensuelle / temps passé, et le poids des charges supportées par notre profession, amène clairement à préciser que non, un avocat, un avocat n’est pas avocat pour gagner de l’argent, un avocat défend et accompagne ses clients par vocation.
A cause de cet a priori, les particuliers délaissent leur avocat, pour préférer des solutions « moins chères », malheureusement.

En soit, les vraies difficultés de notre profession, et qui expliquent les difficultés financières de nos confrères, ce sont d’une part les baisses de dotation à l’aide juridictionnelle (payée pourtant quasi exclusivement par les avocats) et les hausses de charges, et d’autre part, les concurrences auxquelles notre profession fait face chaque jour et qui forcent les confrères à descendre leurs honoraires en dessous d’un taux de marge convenable, voir à travailler sur de nombreux dossiers à perte. Et notre concurrence est très variable, elle va de l’expert-comptable – pas nécessairement moins cher, aux associations, collectivités territoriales, organismes de regroupements professionnels, voir aux CCI, aux conseils de freelances sur nos domaines d’intervention – qui n’ont pas les mêmes charges que nous – ou aux conseils par internet via des legal tech proposant des contrats type ou des divorces par internet, ou pire, les modèles gratuits sur internet. C’est plutôt cela la difficulté. Chercher toujours moins cher, au détriment d’un accompagnement qualitatif et du conseil qualifié.

Non, l’avocat de proximité n’est pas un avocat « cher ». Ses honoraires seront adaptés à sa clientèle. Allez consulter les cabinets d’avocats ou demander des devis, vous serez probablement surpris. Et si parfois, les honoraires vous apparaissent comme un investissement, pensez plutôt aux gains que vous en tirerez a posteriori. Si vous saviez la quantité d’argent que des contribuables (particuliers ou entreprises), auraient pu gagner s’ils m’avaient demandée d’être accompagnés en amont de leur projet…
L’avocat se renouvelle chaque jour et s’adapte à ses clients, ce que ne font pas les intelligences artificielles ou les modèles tout préfaits qui sont vendus, pour le coup, beaucoup trop cher rapport au temps passé et au contenu rendu.
Après, j’ai bon espoir que les gens reviendront vers l’avocat. Après tout, l’avocat est le second métier le plus vieux du monde, et ce n’est pas pour rien qu’il a survécu à toutes les crises, à toutes les évolutions du monde, à toutes les civilisations. Nous avons juste à trouver comment nous réinventer, tout en conservant nos valeurs et nos spécificités qui sont notre force.

 

Du coup, quel regard portez-vous sur votre profession d’avocate ?

 

Pour moi, l’avocat a plusieurs casquettes :
Il est un vulgarisateur des lois, pour permettre de traduire à la communauté les législations toujours plus nombreuses et plus complexes, et en sortir les informations condensées – d’où l’importance de suivre les veilles des avocats
Il est un partenaire, des entreprises, des associations ou des particuliers, permettant de les aider à faire les bons choix, ou à défaut de faire leur choix en connaissance de cause (risques, opportunités, adaptation, réflexion), et de les accompagner à toutes les étapes de leur vie, personnelles ou professionnelles
Il est un conseiller, qui n’a d’autres choses à vendre que du conseil, qui restera donc neutre dans ses choix,
Il est un confident, qui n’a aucun droit de divulguer les informations qui sont communiquées avec son client, et qui s’assure ainsi d’une parfaite protection de ses données (données personnelles, secret d’affaires, etc.), en qui le client doit toujours avoir confiance – la rupture du secret professionnel pouvant entraîner, d’une part, radiation du barreau, et d’autre part, des conséquences pénales pour celui qui enfreint le secret (l’avocat ou la personne tentant la collecte d’informations protégée)
Il est un médiateur, pour apaiser les tensions créées et aider à trouver une solution adaptée (entre partenaires commerciaux, au sein d’une famille, entre associés, entre voisins, etc.) d’une part, ou en cas de conflit dans l’interprétation d’une loi, tentant de médier entre la législation applicable et le choix opéré par son client, d’autre part
Il est un défenseur, lorsqu’à défaut de solution amiable, l’avocat se doit de protéger les intérêts de son client au mieux, tout en discernant quels sont les intérêts majeurs à privilégier.

Et puisqu’il est expert du droit, et a l’humilité de ne faire que du droit, au moins au sein de l’entreprise, il est important qu’on le fasse intervenir avec sa casquette d’expert avec d’autres experts aux compétences complémentaires (notaires, comptables, huissiers, banquiers, services commerciaux ou de publicité, etc.), pour que l’entreprise puisse disposer du conseil le plus adapté.
L’avocat se doit donc de reprendre la place qui était la sienne.

 

Vous siégez au sein de la Commission de l’Ordre des avocats en charge de la transformation numérique de votre profession. Pour quelles raisons ? Comment agissez-vous concrètement au sein de cette commission ?

 

Comme je le disais avant, l’avocat est le 2ème plus vieux métier du monde, et à l’aube du numérique, l’avocat fait face à de nouvelles problématiques. La commission a donc deux optiques : former les confrères aux enjeux du numérique et les accompagner vers la transition numérique de leurs activités informer le public de la législation applicable en matière de droit du numérique, de protection des données, et de secret des affaires.

D’abord, certains confrères maintiennent leur activité bien plus tardivement que les salariés, et nous avons déjà une fracture générationnelle, entre un avocat qui sort de l’école et le confrère qui a prêté serment après la guerre. Cette dernière génération, pleine de sagesse et de savoir, a parfois quelques difficultés à s’adapter à un monde qui évolue à une vitesse que l’on n’imaginait pas. C’est une génération qui a connu le minitel, le fax, l’arrivée d’internet puis des emails, et à qui aujourd’hui on propose de coder des sites internet pour les protéger du hacking. Il était donc important de l’aider à la former à tous les nouveaux outils qui sont offerts aujourd’hui pour moderniser notre profession. En dehors de ça, les avocats ont également la tête dans le guidon, travaillant trop, et n’ayant pas nécessairement le temps (ou l’envie de consacrer autant de temps) de se former aux évolutions numériques de la profession.

Ensuite, la profession doit constamment jongler entre innovation et respect de notre déontologie, et donc s’adapter aux évolutions majeures de notre société. La publicité, par exemple, n’est pas ouverte à l’avocat, en tout cas, pas sous la forme du démarchage ou du sport publicitaire (et heureusement d’ailleurs, puisque les avocats français ne veulent pas ressembler à nos confrères américains…).

” Et côté public, la Commission met en place de nombreuses conférences, interventions à la maison de l’avocat (Casse-croûte juridique, Mercredi du droit, etc.) ou dans des émissions de TV, etc., pour avertir les particuliers et les entreprises de la législation applicable dans de nombreux domaines liés à la transformation numérique “

 

L’Avocat est également porteur de nombreuses informations extrêmement confidentielles, soumises au secret professionnel. Mais pour protéger ce secret, encore faut-il s’assurer de mettre en place toutes les mesures adaptées. Et aujourd’hui, ce n’est plus en mettant une alarme que l’on protège les données d’un cabinet d’avocats, mais en se dotant d’outils numériques les plus performants possibles (et comme je vous l’ai dit, un avocat est un expert du droit, et donc à des lieux – sauf quelques rares exceptions – des connaissances des hackers).
C’est là qu’intervient la commission : former nos confrères aux nouveaux outils qui existent, les avertir des dangers de certaines pratiques, et leur indiquer comment protéger les données de leurs clients et digitaliser leur activité. En proposant des formations courtes, synthétiques, pratiques, mais riches d’informations. En créant des supports facilités.

Mais notre profession évolue vite, plus vite d’ailleurs que d’autres professions : pour exemple, l’acte électronique d’avocat. Certains connaissent la valeur de la signature électronique, de nombreuses Legal Tech se sont engouffrées dans cette innovation, pourtant mises en place depuis de nombreuses années par notre profession. Sauf qu’aujourd’hui, certaines administrations refusent de confirmer la valeur de certains actes, quand elles acceptent au contraire la valeur de l’acte électronique d’avocat, puisque certifié par l’avocat, d’une part, et dont le contenu scellé par le Conseil National des Barreaux, d’autre part. L’outil qui nous permet de mettre en place est assez facile d’utiliser, encore faut-il savoir comment le mettre en place. La Commission TIC organise donc souvent des formations sur ce point, pour que les confrères n’ayant pas encore découvert cet outil puissent s’y former et le proposer à leurs clients. Petit plus, l’absence de captation de données des informations, ce qui n’est pas garanti par les autres plateformes.

Et côté public, la Commission met en place de nombreuses conférences, interventions à la maison de l’avocat (Casse-croûte juridique, Mercredi du droit, etc.) ou dans des émissions de TV, etc., pour avertir les particuliers et les entreprises de la législation applicable dans de nombreux domaines liés à la transformation numérique, (transformation numérique, secret d’affaires, levées de fonds numérique, protection des données, contenu de sites internets et protection des droits de propriété intellectuelle et d’auteurs, cyber-criminalité, etc.). Et la Commission organise chaque année une conférence sur une journée, le Legal Fest. Je vous invite d’ailleurs à aller faire un tour sur le site de l’Ordre des avocats de Nantes et sur sa chaîne YouTube, certaines interventions ont été filmées et sont accessibles gratuitement en replay.

 

Quelle place occupe aujourd’hui le numérique dans votre profession ? La transformation numérique a-t’elle été lancée à temps ?

 

Comme je vous disais, c’est très varié. Certains confrères sont à la pointe de la technologie, sont en tout numérique, et ont même investi dans la lutte contre la cybercriminalité. D’autres confrères sont encore au dossier papier et n’ont pas de site internet. On va dire qu’elle s’est accélérée avec le confinement et l’obligation de mettre en place des mesures pour continuer son activité et maintenir ses équipes ! On voyait peu de formations en ligne en droit, et maintenant le e-learning se généralise auprès de nos instances.

Après, de nombreux outils existent. Les logiciels métiers ont toujours existé. Je vous parlais plus haut de l’e-acte d’avocat qui a près de 10 ans. Et parlons des procédures judiciaires dématérialisées, nos échanges avec les juridictions et la production de nos écritures sont réalisées systématiquement en ligne, sauf lorsqu’une partie n’est pas représentée par un avocat.
De mon côté, avec ma clientèle vivant aux 4 coins de la planète, j’ai été rapidement 100% numérique, même si le numérique ne peut jamais remplacer le contact client. Je réalise quasiment toutes les formalités de constitution, d’enregistrement ou de modifications des actes juridiques des entreprises en ligne. J’ai investi dans une plateforme sécurisée pour protéger, stocker et échanger des données avec mes clients.

Et je réalise mes visioconférences par une plateforme sécurisée. Mon site internet permet un règlement de mes honoraires en ligne pour tout nouveau client, et facilite les prises de rendez-vous. J’attache une importance par contre sur la sécurité des données qui me sont confiées, ce qui peut dérouter parfois certains de mes clients. Et l’e-acte d’avocat est généralisé pour moi, même pour mes conventions d’honoraires. Je suis formée au référencement naturel et suis le propre maître de mes outils de communication.
Je pourrais aller encore plus loin, mais à la hauteur de mon entreprise, cette solution me convient, sachant qu’il y a certains pas que je sais que je ne franchirais jamais, puisque ne correspondant pas non plus à mes valeurs et à ma façon de travailler (automatisation de mes contenus, intelligence artificielle pour les recherches, etc.).

 

La cryptomonnaie et la blockchain sont des sujets qui vous passionnent également, pour quelles raisons ?

 

Alors, je suis un peu tombée dedans comme Obélix dans la marmite de la potion magique. J’ai une particularité qui amuse ou déroute certaines personnes, mais plus c’est complexe, plus c’est difficile, plus c’est incompréhensible, plus j’ai envie de découvrir. Et clairement, lorsque l’on tombe un jour sur un article en Blockchain, une personnalité comme la mienne ne pouvait qu’avoir envie de creuser la question. Et forcément, j’ai atterri dans des MeetUp, des TedX, des réunions qui tournaient autour de la Blockchain et de la cryptomonnaie, lu de nombreux livres et articles et visionné de nombreuses vidéos.

Ce qui m’a poussée à intervenir plus grandement et à l’intégrer dans ma vie professionnelle, vient par contre d’une rencontre. Un jour, un vieux monsieur, ancien de la finance, est venu me consulter, et m’a fait découvrir ce qui relevait clairement de l’escroquerie : un faux montage en ICO avec des courriers trafiqués dans tous les sens, entête de l’administration fiscale, de l’AMF, etc, … Et je me suis dit que si ce monsieur, qui avait investi une grande partie de ses économies servant à financer sa retraite, pourtant averti des risques de la finance, était tombé dans le panneau, je n’imaginais pas les ravages sur la population. Et l’explosion du cours du Bitcoin ne faisait qu’empirer mes craintes.

Alors, j’ai souhaité intervenir pour avertir au mieux le public, à casser certains codes ainsi mis en place (pas de lignes de code, hein), pour vulgariser une technologie que l’on nous expliquait comme complexe et hors de portée, technologie que pourtant toute personne dotée d’un ordinateur ou d’un smartphone utilise sans s’en apercevoir.
De fils en aiguille, j’ai pu être identifiée sur ces questions, jusqu’à avoir eu le plaisir à ce que l’on me propose d’intervenir en tant que speakerine sur ces questions, puis un jour cofondatrice de l’association Collectif d’Acteurs Blockchain regroupant les professionnels intervenant dans ce secteur.

 

Quelles sont vos priorités aujourd’hui pour votre activité et auprès de vos clients au moment où la France traverse une crise économique sans précédent liée à la pandémie ?

 

Le mardi 17 mars, (Ndlr : entretien réalisé en avril 2020) je suis allée récupérer tous mes dossiers client papier (oui, parce que j’en ai encore), au bureau, pour ne plus me déplacer et annuler tous mes déplacements professionnels. La priorité essentielle étant de protéger les personnes de mon entourage, personnel et professionnel, présentant des faiblesses, de limiter la propagation de la maladie, et enfin en soutenant indirectement mes amis et membres de famille personnels hospitaliers, pharmacien, ambulancier pour le SAMU, infirmiers, en ne bougeant plus de chez moi.
Une fois cette priorité sanitaire mise en place, il était d’aider pour moi les entreprises et les particuliers qui faisaient face à de nombreuses questions, au regard de la masse d’informations que nous avons subi depuis ce début d’année.

J’ai contacté mes clients, afin de savoir comment il allait, et pour leur proposer de reporter les travaux que nous devions débuter, s’ils le souhaitaient – il m’apparaissait malvenu de débuter des missions signées quand toutefois la priorité pouvait changer.

Je me suis ensuite tout naturellement portée volontaire auprès de l’Ordre des avocats de Nantes et auprès du Conseil National des Barreaux pour conseiller gratuitement les entreprises sur les questions fiscales qui naissaient de cette situation spécifique.
J’ai mis en place sur ma chaîne Slack un dossier spécifique, ouvert à toute personne qui le souhaitait, tous les documents et informations officielles que je triais et qui me paraissaient utiles pour aider les entreprises à surmonter cette épreuve (de la copie des ordonnances et des communiqués de presse, jusqu’au 1er modèle de masque en tissu par le CHU de Grenoble).

J’ai enfin participé à des conférences, visio, webinaires, pour partager les informations, et rassurer les entrepreneurs et entrepreneures autour de moi.
Désormais, je réfléchis à comment faire évoluer mes pratiques pour soutenir les entreprises face aux prochaines épidémies, par exemple par la mise en place d’abonnement, pour redevenir le partenaire de l’entreprise, et en interne pour mon futur personnel, à améliorer les outils de télétravail pour maintenir une activité qui permette aussi un bon équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, un maintien des relations saines et créatives de travail.

 

Informations
https://www.taxsuitsyou.com/
Mail : contact@taxsuitsyou.com
Tél : 02.40.73.84.10

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