Une vingtaine de jeunes pousses à l’honneur au Festival de l’info locale

Jeudi 27 et vendredi 28 juin 2019 se déroule à Nantes la première édition du FIL (Festival de l’info locale).

Ce rendez-vous professionnel est lancé par l’association Ouest Médialab. Pendant l’événement, médias de proximité, collectivités, plateformes et une vingtaine de start-ups viendront partager leurs expériences.

Denis Vannier, un des organisateurs du festival revient avec nous sur des sujets essentiels : la place de l’information de proximité dans nos territoires à l’heure du numérique et bien au delà.

 

 

 

Pouvez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Denis Vannier je travaille à Ouest Medialab cluster de l’information en Pays de la Loire et Bretagne. Je suis journaliste depuis 2000, j’ai travaillé une quinzaine d’année en presse écrite, en télé, en radio. Depuis maintenant bientôt 3 ans, je m’occupe au sein de Ouest Medialab de hackathons, d’ateliers avec les étudiants, d’événements dont celui que l’on organise à Nantes fin juin 2019 : le Festival de l’info locale.

 

Le festival de l’info locale  va accueillir des médias locaux mais pas uniquement, aussi des représentants de la Presse territoriale pourquoi ce choix ?

Notre sujet c’est celui de l’information de proximité et on n’a pas vraiment  de préjugés sur qui est légitime pour faire des informations locales. On regarde tous ceux qui innovent avec des modèles économiques qui fonctionnent. On s’intéresse à la fois à l’information locale produite par les collectivités, les médias professionnels, mais aussi les associations, les start-ups qui se mettent sur ce créneau. On invite par exemple le créateur d’un réseau social de proximité spécialisé dans la mise en relation des gens sur un territoire.

Il y a 10 ans ou 15 ans, on disait que le web n’était pas prêt pour le local. Est-ce qu’aujourd’hui le numérique est enfin mûr pour les médias locaux ainsi que pour les entreprises, qui de plus en plus communiquent localement ?

C’est vrai que beaucoup d’entreprises s’engouffrent dans cette idée de communiquer localement avec les groupes Facebook qui se créent spontanément par des habitants d’une commune qui créent leur groupe localement. Évidemment les médias locaux qui sont  historiquement présents sur ce terrain de la proximité, ils s’y mettent, ils sont présents de façons très diverses puisque c’est très compliqué de passer d’un support à un autre qui est celui du web mais en tout cas ils ont cette expertise. La PHR (Presse Hebdomadaire Régionale) et la PQR (Presse Quotidienne Régionale) le font parfois très très bien, parfois pas moins bien que des pureplayers qui se créent avec une nouvelle génération. On est pour le coup très agnostique sur ce que doit être l’information locale. On est curieux et on a envie que les gens partagent cette curiosité pendant 2 jours.

 

Où en est la presse locale dans sa transition numérique concrètement ?

C’est difficile de faire un diagnostic pour l’ensemble de la presse locale. Beaucoup y arrivent très bien. C’est un exercice compliqué, il faut le comprendre : c’est une question très pragmatique quand on doit sortir un journal Télé et une version numérique. Les modèles économiques sur le web n’en sont pas encore à se stabiliser : on ne sait pas encore comment gagner de l’argent  de façon pérenne. Tout cela, c’est en cours en fait, les situations sont diverses d’un média à l’autre encore une fois : en fonction de l’assise financière d’un groupe, des équipes qui sont plus ou moins prêtes à passer à un nouveau format qui sont plus ou moins formés. La formation c’est un problème aussi.

 

Inviter des médias locaux à travailler ensemble, c’est aussi votre cheval de bataille à Ouest Medialab et au sein de ce festival ?

Oui tout à fait c’est ce qu’on fait toute l’année. C’est le principe d’un cluster avec différents professionnels : on les fait travailler sur des thématiques communes. Une association a un mode de travail collaboratif et notre objectif, notre finalité, c’est vraiment que les gens s’inspirent les uns des autres, essayent de partager et surtout au final travaillent ensemble. On est un peu des entremetteurs, ils finissent par constater qu’ils ont des choses à faire ensemble malgré les a priori qu’il peut y avoir quand on travaille avec des étudiants sur des hackathons avec des médias, les étudiants en communication en informatique ou en  Design… Et on arrive à leur faire faire des choses chouettes ! C’est pareil avec les médias qui ont des problématiques éditoriales, des modalités techniques très différentes. Si au terme de ce festival information locale, on arrive à donner envie à des médias et leurs responsables d’aller faire des formations et de trouver des nouveaux partenaires avec lesquels ils ont l’habitude de travailler, ce serait bien ce serait une belle réussite.

 

On pense notamment aux rédactions qui suivent des belles équipes sportives qui ont de belles communautés de supporters, les médias pourraient collaborer pour faire des échanges de contenus et d’interactions ? Cela existe certainement déjà ?

Cela existe déjà localement les liens se tissent via les journalistes parce qu’il y a une petite communauté des journalistes sportifs comme il y a une communauté de journalistes spécialisés dans l’économie, les faits divers qui se retrouvent souvent sur le même terrain et qui ont envie de collaborer. C’est pour cela qu’on a beaucoup d’émissions avec des journalistes qui s’invitent mutuellement dans leurs émissions cela marche très bien.  On voit aussi apparaître entre France 3 et France Bleu, un magazine de football qui s’appelle Une semaine en ballon et qui fonctionne sur les deux médias. Effectivement, c’est toujours plus facile sur des thématiques précises où il y a déjà des habitudes de travail entre les équipes de terrain.

 

Jean-Marie Charon, sociologue et chercheur au CNRS spécialisé dans la presse sera présent. Quel sera le thème de son intervention ?

Jean-Marie Charon intervient sur un de ces sujets d’expertise : l’évolution des rédactions de la presse. Il s’est intéressé ces derniers mois à la manière dont les rédactions de presse locale notamment de presse régionale s’engagent dans une transition, dans un passage au numérique pour acquérir des nouvelles méthodes de travail. Il viendra partager son regard, son analyse sur cette transition : savoir où on en est la transition numérique dans les rédactions de presse locale.

 

Combien de personnes et de professionnels attendus les 27 et 28 juin prochains au Festival de l’info locale?

On accueillera à peu près 300 personnes, c’est un événement professionnel avec une cible qui est très restreinte avec une centaine d’intervenants. Il y aura aussi des start-ups dont les responsables ont des choses à proposer aux responsables de médias locaux. Ils viendront pitcher leurs solutions sur des temps plus courts.

 

Est-ce qu’il y a déjà eu en France le même type d’événement dans le passé ?

Oui, il y a très longtemps en région parisienne dans les années 80, un événement professionnel qui réunissait des médias locaux à la fameuse époque de l’âge d’or des télévisions de proximité et des radios locales. Cet événement professionnel a duré quelques années. Il y a eu beaucoup d’échos à l’époque dont on trouve assez peu d’archives aujourd’hui sur le web. Le Festival de l’info locale vient presque 30 ans après poursuivre ce travail.

 

Est-ce que vous pensez déjà aux éditions suivantes ?

On compte bien faire un événement régulier. Alors est-ce qu’il aura lieu tous les ans, tous les 2 ans ? On ne sait pas encore, on en reparlera à l’issue de cette première édition avec nos partenaires mais oui c’est un événement fait pour durer.

Pour terminer est-ce que vous pouvez nous parler des cinq thématiques qui seront abordées au cours de ces deux jours ?

On a identifié les cinq grands enjeux qui aujourd’hui occupent les médias locaux. Le premier c’est celui de l’engagement de l’audience : comment communiquer avec ses lecteurs, ses auditeurs, comment on fait en sorte qu’ils nous fassent confiance pour participer et aussi comment on les met dans la boucle de l’information locale.

 

Un peu le Marketing appliqué à la presse ?

Oui mais plus dans la relation de confiance, on est au-delà du marketing. Le second enjeu,  c’est celui du développement des contenus donc concrètement comment diffuser nos infos sous quel format : est-ce que c’est de la vidéo, est-ce que c’est du podcast, quel angle on choisit en fonction des sujets,  le développement des contenus en eux-mêmes.

 

Quel est le format d’avenir pour les contenus ?

Le format d’avenir il change à peu près tous les mois aujourd’hui, on parle beaucoup du podcast…

 

Un serpent de mer le podcast,  les webradios c’est pas tout jeune…

C’est un petit serpent de mer parce qu’après la mode de la vidéo aujourd’hui, on a une approche beaucoup plus pragmatique et posée sur l’investissement dans le podcast. On voit beaucoup de podcasts notamment en information locale dans la presse qui sont de très très bonne facture. Je parlais de la vague de la vidéo, il y a quelques années, certains médias se sont peut-être un peu brûlés les ailes en y allant sans trop de préparation. Je pense qu’aujourd’hui les médias ont compris que les tendances changent beaucoup et qu’il fallait les aborder à tête reposée en ayant une vraie stratégie et éventuellement en disant parfois “non ce n’est pas pour moi !”.

Ensuite, il y a un thème aussi sur la diversification de l’activité ?

C’est une grande tendance dans les médias d’information quand on n’arrive pas à monétiser le contenu d’information, il faut évidemment que l’entreprise trouve une pérennité et on peut être tenté d’avoir d’autres activités qui permettent de financer l’information. Ces dernières peuvent être connexes quand on fait de l’événementiel par exemple on est encore  sur de la production de contenu éditorial sous une autre forme de conférences, de rencontres. En tous cas, c’est une  tendance d’essayer de trouver des activités annexes qui peuvent assurer de la trésorerie. Le quatrième enjeu qu’on a identifié, c’est celui de la monétisation des contenus. Comment on les vend : est-ce que c’est de l’abonnement, est-ce que c’est du partenariat, du contenu sponsorisé (Brand-Content). Ces modèles varient en fonction des types de médias et des sujets traités et des angles choisis.

 

Et le dernier thème abordé ?

Et puis, il y a le dernier enjeu qui est celui de l’animation des équipes, comment aujourd’hui on se transforme en  faisant participer tout le monde, comment on forme ses équipes, mais aussi la question des réseaux de correspondants, de contributeurs. Ces cinq grandes thématiques, on a essayé de les décliner en allant chercher les intervenants qui peuvent inspirer l’ensemble des participants.

 

 

Informations

Deux jours durant, de nombreuses conférences, conversations et pitchs seront proposés au Médiacampus autour de cinq grandes thématiques : interagir avec le public, développer ses contenus, diversifier ses activités, monétiser ses contenus et animer ses équipes. Quelques 80 intervenants français, belges, suisses ou anglais sont prévus au programme, dont une vingtaine de startups.

Le FIL abordera les enjeux de développement et d’innovation autour de l’info locale de façon constructive et décloisonnée, avec l’envie de faire émerger de nouveaux projets et collaborations entre les médias, tous supports confondus.

Le jeudi 27 juin au soir, Ouest Médialab, en partenariat avec Google News Initiative, remettra une bourse d’un montant de 10 000 euros pour soutenir un média local dans sa phase d’émergence.

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