Disrupt’ Campus Nantes favorise les nouvelles méthodes pédagogiques à l’Université

Le Disrupt’ Campus Nantes redistribue les cartes de la formation professionnelle et de l’enseignement universitaire.

Mathieu Perhirin est responsable de ce programme. Il nous explique les stratégies et les objectifs de ces nouvelles approches pédagogiques.

 

Présentez-vous, quel est votre parcours ?

Je suis le responsable du programme Nantes Disrupt’ Campus. Je suis diplômé du Master HEC Entrepreneur à l’Ecole de management de Normandie. Avant de travailler à l’Université de Nantes depuis décembre 2017, j’ai travaillé dans différentes structures, des grandes ou de petites entreprises, ou en tant que consultant en gestion d’entreprises.

Comment est né Disrupt’ Campus Nantes ?

Disrupt’ Campus Nantes est né grâce à un appel à projets au niveau national, lancé par le Programme d’investissements d’avenir (PIA) et financé par la Banque Publique d’Investissements (BPI). Cet appel à projets demandait à des établissements d’enseignement supérieur de créer des partenariats afin de co-construire des programmes de formation autour de la transformation numérique des entreprises.

Les disruptions semblent multiples dans ce programme, à la fois celle de la formation professionnelle et de l’enseignement, mais aussi dans les conduites de projets avec les entreprises. C’est cela l’idée d’un campus disrupté ?

Oui, nous comprenons par le mot « disruption » plusieurs niveaux d’actions. Dans Disrupt’ Campus Nantes, on va au-delà d’une formation théorique et on passe en mode “maker” : on fait réellement de la transformation numérique des entreprises, on produit des preuves de concept, on réalise des applications, des objets connectés, on crée un nouveau process. Nous favorisons de nouvelles méthodes pédagogiques au sein de l’Université.

Alors concrètement pour les étudiants, en quoi cela consiste ? Ils s’engagent à quoi ?

Ce sont des étudiants de niveau BAC+5 ou Master 2 de l’Université de Nantes, de l’École Centrale et de l’École de design Nantes Atlantique. Ils créent des équipes interdisciplinaires de cinq à six étudiants avec des profils très variés (management et économie, droit, sociologies, humanités, design et ingénierie autour de l’informatique et de l’électronique). Dans les équipes, il y a également un collaborateur d’entreprise en formation continue. Il suit les mêmes cours et participe aux travaux d’équipe au même titre que les étudiants. Ils travaillent tous ensemble pendant 5 mois sur le sujet de transformation numérique proposé par l’entreprise qui envoie également le salarié en formation continue.

Et la particularité, c’est que ce n’est pas le collaborateur qui est tuteur ou chef de projet ? Ce sont bien les étudiants ?

C’est bien cela : un étudiant est nommé, sous la base du volontariat, chef de projet, alors que le collaborateur d’entreprise n’est qu’un membre de l’équipe comme les autres étudiants. Dans les équipes, on pratique ce qu’on appelle du management inversé. Néanmoins, le projet est encadré et suivi par une équipe pédagogique formée d’enseignants-chercheurs et par des mentors, très souvent des représentants et spécialistes de l’écosystème FrenchTech à Nantes.  Ces derniers n’interviennent que ponctuellement sur les projets et apportent une vision extérieure et souvent très pointue.

On vit la transformation de métier d’enseignant. C’est surtout cela l’idée de Disruption au sein de ce campus ?

Oui, on parle ici d’un autre niveau d’action de la « disruption » : cela implique la façon d’enseigner. Les étudiants demandent de plus en plus de nouvelles pratiques d’enseignement : ils cherchent à comprendre comment un projet doit être mis en œuvre dans la réalité des entreprises. On souhaite mettre en place des cours en e-learning ou qui peuvent être suivis à distance, avec comme objectif de susciter les étudiants à échanger entre eux sur le contenu des cours.

Est-ce que ce sont des projets qui sont faits sur mesure pour les besoins des entreprises ?

Il y a plusieurs cas de figure : soit ce sont des sujets que les entreprises ont du mal à définir ou à déployer, soit ce sont des sujets très précis avec des consignes très claires de l’entreprise. Pour ce dernier cas, il y a aussi la possibilité que les étudiants, par leur position de consultants juniors, remettent tout le projet en cause. Ou inversement, que l’entreprise demande à ce que les étudiants aillent très loin, la surprennent, innovent réellement.

Comment sont sélectionnés ces étudiants ?

Dans le processus de recrutement des étudiants, il y a trois phases : une pré-inscription volontaire en ligne avec une partie « motivation » très importante ; une validation de la candidature par le responsable pédagogique après vérification de la compatibilité de l’emploi du temps avec le master et une validation par l’équipe pédagogique. Souvent, la phase de vérification de l’emploi du temps est la plus longue car il s’agit là de réajuster souvent des emplois du temps qui sont stabilisés depuis longtemps. En plus, on a affaire à des formations très diverses et variées dans les façons de fonctionner. On change les façons de faire…

Ils sortent de Centrale Nantes, de l’école de design et de l’université de Nantes, comme vous venez de l’évoquer ?

Oui, pour ce qui est de l’Université de Nantes ils viennent des masters très différents comme Econométrie et Statistiques ou Management des Systèmes d’Information de l’IAE, Droit de la Propriété Intellectuelle, Psychologie Sociale, du Travail et des Organisations, mais aussi des cycles ingénieurs en Informatique ou Électronique et Technologies Numériques de Polytech. Nous cherchons une vraie interdisciplinarité dans les groupes. Pour l’École de design, les étudiants venaient des masters Interactive Design et Care. Pour l’École Centrale, ils avaient suivi un Cycle Ingénieur informatique ou robotique.

Un des avantages de Nantes Disrupt’ Campus, c’est de pouvoir faire bénéficier les porteurs de projets -à la fois étudiants et salariés- des ressources, de machines, de laboratoires de la métropole nantaise. Des exemples à nous donner ?

On a mis en place des partenariats avec l’ensemble de l’écosystème FrenchTech à Nantes : la Cantine, Start-up Palace, le Village By CA, Novapuls, 1kubator etc. Nous organisons des fois des cours dans ces lieux. Nos étudiants ont également la possibilité de travailler dans des salles et/ou d’aller à la rencontre des startups qui y sont incubées. C’est le principe de l’open innovation. Dans la même idée, on leur offre la possibilité d’accéder aux laboratoires et aux enseignants chercheurs de l’Université à hauteur de 25 heures par groupe. Cet accès est demandé surtout quand les groupes ont des questionnements ou des points de blocage qu’ils ne peuvent pas résoudre avec leurs compétences initiales. Le nouveau bâtiment totem, la Halle 6 avec son Fablab, permettra d’aller encore plus loin dans la culture maker qu’on promeut : l’utilisation d’exosquelette, l’impression de matériaux ou 3D. A côté, le Userlab sera consacré à la compréhension des usages: avec de l’eye-tracking et des connecteurs placés sur l’utilisateur.

Quel bilan pour ces premières promos ? Où sont les étudiants aujourd’hui ?

La première promotion compte 34 diplômés dont six collaborateurs d’entreprises et 28 étudiants : 18 étudiants de l’Université, sept de l’École de design et trois de l’École Centrale. Certains collaborateurs continuent de déployer le projet en interne à temps plein. D’autres continuent à mi-temps sur le projet. Dans tous les cas, les projets présentent des enjeux stratégiques pour les entreprises. Quant aux étudiants, ils sont pour la grande majorité partis en stage : Crédit Agricole, IBM, MyMoneyBank, EDF. Les stages ne sont pas les seuls débouchés. Un étudiant en Droit a créé son entreprise et a intégré le programme Starter Pépite (accompagnement des étudiants entrepreneurs à l’Université de Nantes par le dispositif Pépite). Une étudiante a choisi de continuer ses études avec un Master Double Compétence en Management de l’Innovation alors qu’elle a un parcours BAC+5 en Droit.

Côté entreprises, quels sont les retours ?

Les entreprises sont très satisfaites des résultats obtenus. Les directions font partie du jury final et voient l’évolution des projets. A leur retour en entreprise, les collaborateurs retrouvent un nouvel élan dans leur travail, avec de nouvelles compétences et de nouveaux projets. Les entreprises peuvent nous solliciter pour d’autres programmes de formation à l’Université notamment sur la conduite de changement ou le management.

Quel avenir ? Quelles sont les prochaines évolutions envisageables pour le Nantes Disrupt’ Campus ?

On est en train de travailler sur des évolutions possibles en lien avec d’autres services de l’Université et/ou d’autres établissements. A l’Université il existe déjà un marathon créatif qui s’appelle Innovation Campus Day. Nos étudiants y participent et apprennent beaucoup de choses en complémentarité du diplôme. On pourrait très bien imaginer des parcours plus courts, des cycles de conférences etc. On réfléchit constamment à des pistes d’évolution.

Quelles sont les prochaines échéances pour la future promotion ?

Le 18 avril c’est la date de clôture de sélection des sujets d’entreprise et de pré-inscription pour les étudiants. Nous sommes à plus de 75 étudiants préinscrits. Ensuite, nous allons valider les candidatures et les sujets pour pouvoir constituer les équipes avant l’été. La rentrée pour Disrupt’ Campus Nantes se fera le 17 septembre.

 

Informations

www.disruptcampusnantes.com

Mail : disruptcampus{at}univ-nantes.fr

Tél : 02 72 64 88 22

 

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